Débat: Nourrir les hommes: Quelles solutions pour l’agriculture de demain? Compte-rendu

Photos du Débat

Compte-rendu

 

Après avoir été annulée en Mars pour cause de Vigipirate Ecarlate (affaire Merah), la rencontre a finalement eu lieu le 9 Mai, et elle n’a pas déçu !

A ma droite, Gérard KAFADAROFF, ingénieur agronome, ancien directeur chez MONSANTO, secrétaire général de l’ONG Association Française des Biotechnologies Végétales, et auteur des ouvrages OGM, le gâchis : Dix années de turpitudes françaises (Editions Le Publieur, 2005) et de Agriculture durable et nouvelle révolution verte (Le Publieur, 2008).

A ma gauche, Philippe POINTEREAU, ingénieur agronome, responsable du pôle AgroEcologie au sein de l’association Solagro

Dans un premier temps, chaque intervenant a pu présenter sa vision de l’agriculture et de la façon dont il convient d’aborder le défi posé à l’humanité (7 milliards d’êtres humains à nourrir en 2012…..9 en 2050…) en tenant compte des impératifs environnementaux.

Ainsi, M.POINTEREAU a défendu le scénario « Afterres 2050 » élaboré par Solagro. Ce dernier projette pour 2050 une agriculture française convertie pour moitié en agriculture biologique et pour moitié en production intégrée (avec recours à des méthodes de lutte biologique, et mise en place de cultures sans labour, de rotations longues et de plages d’agroforesterie). Ce qui impliquerait une modification conséquente de notre mode d’alimentation (avec notamment une forte diminution de la consommation de viande) mais également une hausse du nombre d’agriculteurs. L’intervenant a rappelé que l’essentiel des surfaces agricoles sert à la production de viande (alimentation animale), et a souligné l’importance de la tradition culinaire française (« Si les jeunes ne savent plus faire la cuisine, nous sommes morts ! », dixit).

De son côté, M.KAFADAROFF a fait valoir le rôle prépondérant que doivent jouer pour lui les OGM dans l’agriculture de demain, en insistant sur leurs apports environnementaux. Il a par ailleurs  rappelé les deux chiffres en miroir : 1 milliard de sous-alimentés, 1 milliard d’obèses. Pour lui, les OGM, en permettant une augmentation conséquente des rendements et en conférant aux cultures une meilleure résistance, constituent une part fondamentale de la réponse à la sous-nutrition.

 

Si les deux s’accordent sur la nécessité de mettre en place un développement durable, leurs solutions, on l’aura compris, sont radicalement différentes.

Le débat qui a suivi s’est naturellement porté sur l’épineuse question de l’usage des Organismes Génétiquement Modifiés : alors….oui, non, peut-être ?

Parmi les arguments et points de vue échangés :

A l’heure actuelle, notamment par la pression de l’opinion publique, la culture des OGM est interdite en Europe. Pour l’ancien de MONSANTO, un tel retard est un véritable gâchis, tant sur le plan économique que sur le plan agricole. Pour le membre de Solagro, nous sommes en réalité au-delà de cette question puisque l’avenir est aux productions intégrées.

Alors que KAFADAROFF propose une alliance entre agriculture biologique et cultures transgéniques (le cahier des charges du Bio les interdit actuellement), POINTEREAU développe l’idée que les OGM, qui n’existent qu’en monocultures, donc dans le cadre du modèle productiviste, ne sont pas compatibles avec le respect de l’environnement.

La tendance à l’hégémonie de quelques sociétés semencières, notamment MONSANTO, est vue comme un juste retour d’investissement pour l’un, comme une pernicieuse et inquiétante évolution pour l’autre.

 

La parole a ensuite été donnée à l’assistance pour une séance de questions. Nous saluons des interventions pertinentes qui ont permis de creuser les différents arguments avancés par l’un ou l’autre des intervenants. Etaient notamment présents le vice-président de l’Association des Sélectionneurs Français, une chercheuse enseignant la génétique à l’ENSAT (Ecole Nationale Supérieure Agronomique de Toulouse, dans laquelle s’est déroulé le débat), des ingénieurs agronomes, et de nombreux étudiants de l’Ecole.

Après la rencontre, on sent bien que les enjeux dépassent le cadre du débat. Celui-ci ne saurait être résolu, si cela est possible, sans aborder de front des notions telles que : libéralisme, idéologie du progrès, ou encore décroissance.

Une rencontre qui, du moins on l’espère, aura en tout cas permis aux 80 personnes présentes ce soir-là, et notamment aux futurs ingénieurs agronomes, de se donner à réfléchir sur le défi crucial auquel l’humanité va devoir faire face au cours de ce XXIème siècle.

 

Arnaud RAYMOND

Trésorier d’ISF Toulouse

 

 

Quelques adresses pour approfondir :

Site de l’AFBV :

http://www.biotechnologies-vegetales.com/

Site de Solagro :

http://www.solagro.org/

(y est notamment disponible une synthèse du scénario Afterres2050)

Les commentaires sont fermés.